19 Oct 2025 #research #blog #individu
Etre un artiste “clean” numériquement parlant c’est un job à temps plein : Je pourrais faire un vlog où je raconte “Comment j’ai quitté instagram, les gafam, et changé mes habitudes; guide de survie pour artiste concerné”. Blague à part, j’utilisais très peu instagram mais je m’étais “plié” aux obligations professionnelles il y a quelques années, vérifiées sur le terrain où chaque personne rencontrée te demande automatiquement “ t’as insta ?” pour garder contact et voir mon travail. Donc maintenant je réponds “non, j’ai plein d’alias mails par contre, plusieurs sites internet et un numéro de téléphone.”
Ca peut paraître contre productif, mais en fait c’est un long processus de dégooglelisation, d’auto-production et d’auto-hébergement…
En résumé, il s’agit d’autonomisation générale et d’autodétermination, de ma santé et de mon identité numérique. C’est pas parfait, mon téléphone portable connecté à internet fait une grosse résistance par exemple, mais j’essaie de maîtriser ce que je peux même si, au départ, certaines applications/services sont moins confortables.
Surtout, c’est quelque chose qu’on ne m’a jamais demandé, ou incité à faire. Pourtant, j’ai entendu déjà des critiques sur “l’empreinte carbone” des artistes, comme un manque de politisation et de prise de position.
Aujourd’hui on nous demande d’être éco-responsable, éthiquement “awake” et sain d’esprit quand la totalité du monde va à revers de tout ça. Alors définir ses propres standards et ses objectifs (anti-capitalistiquement) en partant de “qu’est ce qui m’importe, m’intéresse, me paraît juste, que je trouve intéressant de développer” ça me paraît déjà plutôt sain. On ne vous donne pas le mode d’emploi pour ça donc ça prend du temps à construire. Les chemins d’apprentissage, de partage et de production sont de fait différents.
Je me permet de digresser vers la question du collectif ici car il me semble que cette ambivalence impacte nos collectifs de manière très forte. Le constat est rude mais aujourd’hui le collectif me paraît incapable de penser son propre “bien commun” (la société de manière générale et les groupes plus petits/communautés aussi) parce que les différents membres (nous), comme des neurones malades, sont submergés par des injonctions contradictoires. Dans le cas du collectif d’artistes par exemple : en tant qu’artiste, on vous demande d’être irréprochable humainement, infaillible face à la fatigue et la page blanche, administrativement flexible, apte au travail gratuit, accueillir avec le sourire le manque de valorisation et être en tout point marginal, exotique et créatif.ve à la demande. Ce lot d’injonctions et de “qualités intrinseques” du bon artiste induisent irrémédiablement l’individualisme, la synthétisation de la pensée et le “rangement” dans le camp de l’hégémonie culturelle et esthétique. Dans un cadre collectif, c’est mortifère. Même lorsque des artistes s’organisent et mettent en place des systèmes de solidarité, iels sont confrontées à un monde professionnel qui rejette rapidement leur fonctionnement choisi et rajoute automatiquement du fuel dans la machine à égos (multiples exemples de prix qui ne peuvent être qu’individuel, rémunération à diviser, candidature collective non admise, non prise en compte de tous les membres du collectif, …) Sans parler du fait qu’il faut rester “identifiable” et donc ne surtout pas se fondre dans la masse (même la toute petite masse d’un tout petit collectif) car cela serait dangereux pour votre carrière.
Les membres d’un collectif, quel qu’il soit, sont en permanence en train de peser leurs intérêts personnels face aux concessions à faire pour faire avancer le commun. Le commun ne devrait pas demander de sacrifice individuel. Le collectif ne devrait pas être opposé à l’individu.
La globalization a cela de complexe, c’est en faisant commun que tout fonctionne mais c’est en faisant, secrètement, personnel que tout se maintient. Pour en revenir aux réseaux, aux GAFAMs et aux usages du numérique, j’ai l’impression que c’est ça le pourquoi de “on n’arrête pas tout”, un ensemble de conjectures individuelles viennent saboter le projet commun.
Je n’ai pas parlé d’IA dans ce post, alors que c’est très présent dans les discussions actuellement (ça viendra dans d’autres textes). J’avais envie de partager un ressenti assez récurrent, derrière ce titre de post un peu pompeux, qui est que j’ai souvent l’impression que nous sommes collectivement paresseuxses là où nous pourrions être bien plus radicauxles.